Qu’est-ce que je fumerais comme joints si j’étais immortel

Voyez-vous, j’écris occasionnellement. Il arrive même qu’on me paie pour ça. Mais un jour, je me suis dit que moi aussi je pouvais sortir un livre, et j’ai eu envie d’aborder le thème de l’immortalité. Il fallait donc réfléchir sur ce sujet, l’idée n’étant pas de réécrire Highlander:

Comment ça pense, un mec immortel ? Qu’est-ce que ça fait une meuf immortelle ? Ça se fait chier. Vous pouvez arrêter la lecture.

Pendant longtemps un proverbe m’a obsédé : « Trouve un travail qui te plaît et tu ne travailleras jamais de ta vie ». Ne jamais travailler de ma vie, en voilà une douce pensée. En réalité, plus que m’obséder, elle me déprimait. Si notre objectif sur Terre était réellement d’être heureux, pourquoi sommes-nous si nombreux à nous lever tous les jours pour un job qui nous fait chier et qui ne nous permet pas de mettre du fromage râpé tous les jours dans les pâtes ? Pour survivre, quand même, et on verra plus tard si on peut ne plus travailler de sa vie.

Je pense que l’objectif de l’être humain n’a jamais été d’être heureux, mais de tromper la mort. Arrogant, il ne peut pas imaginer un seul instant que sa présence sur Terre ne soit qu’un hasard. Elle doit avoir un sens. Et même pas en tant qu’espèce mais en tant qu’individu.

Après des dizaines de milliers d’années à chercher ce sens, certains ont trouvé une boussole qui indique toujours Très-Haut, mais cette technologie passe par des millénaires de version beta buggée. Au moins accèderont-ils à la vie éternelle.

Certains espèrent que ce qu’ils transmettent à leurs héritiers leur survivra. Ils ont déjà perdu : ils mourront avec les souvenirs du dernier de leurs petits-enfants à attraper Alzheimer.

D’autres ont réussi à continuer à vivre dans l’esprit des gens, mais il existe peu de moyens de s’y faire une place. De grands génies y parviennent en étant enseignés en cours de Français, tout comme de grands sacs à merde en cours d’Histoire. Mais attention, il y a peu de places pour beaucoup de demandes. Mais si j’étais immortel, je n’aurais pas à faire tout ça. Je ne chercherais pas de taf alimentaire. Je n’aurais probablement aucune relation sociale. Je n’aurais pas le moindre objectif. Je ne ferais rien. À part ce qu’on fait quand on ne fait rien: je serais le client préféré de mon dealeur.

Si je ne pouvais pas mourir, je n’aurais plus aucune raison de vivre.

Et ce n’est pas un livre que je voudrais lire. Ce ne sera pas lui mon chef d’œuvre. L’immortalité attendra.

Wilson Texas est auteur. Il est sur Twitter: @dernierdino

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