La chanson qui était un scaphandre de souvenirs

Est-ce qu’il ne t’arrive jamais de te réveiller et te sentir tout d’un coup poussé à retrouver une chanson particulière — celle qui était ton hymne personnel en 2011 — et par bonheur, être ravie de t’apercevoir que la chanson te fait toujours autant d’effet? Voilà, « Kiss My Soul » par Agoria.

Cette chanson a été écrite par Sébastien Devaud, un producteur d’électro qui a grandi à Valencin en Isère. Son père était architecte et sa mère était chanteuse d’opéra. Sa musique est aussi fortement influencée par la techno de Detroit et la house de Chicago, et par « l’Acid House, » ce qui rend ses compositions véritablement intéressantes sur le plan théorique, à mon avis.

« Kiss My Soul » était très populaire au moment de sa sortie. Je vivais à Paris à l’époque, en tant que prof d’anglais dans un lycée. J’étais fraîchement sortie de l’université chez moi, au Texas, et je n’avais aucune idée de ce que je faisais de ma vie. J’avais cependant beaucoup d’optimisme, et beaucoup d’intérêt pour la culture française.

Je crois que je me suis imaginée un peu comme une ethnographe vivace.

Et puis, je voulais avant tout me faire des amis parmi les voyous parisiens. Je veux parler, je suppose, de ces jeunes qui prenaient leur graffitis et leur hip-hop, et leurs skateboards, et leurs fines moustaches, au sérieux. Je voulais simplement passer du temps avec eux. Je ne sais même plus pourquoi ! Je crois que je me suis imaginée un peu comme une ethnographe vivace. Au moins, j’ai réussi dans un domaine: ils m’ont appris l’argot français, que je parle encore assez couramment.

(Une fois par erreur, j’ai utilisé un mot que j’avais appris dans une boîte de nuit devant une professeur de littérature universitaire. Comment elle a bondit dans sa chaise ! Je n’oublierai jamais.)

Bref, je suis retournée aux États-Unis en 2015, et j’ai eu tellement de mal à me retrouver en Amérique — payer des factures américaines, et essayer d’avoir un but dans ma vie. Je me suis forcée à oublier à quel point Paris était important pour moi. C’était la période, je pense, la plus heureuse de ma vie.

Ce matin, cette chanson merveilleuse de Agoria a envoyé ma psyché sous la mer, dans un scaphandre de souvenirs. « Waiting is half the battle when you are alone / Screaming at your shadow, trying to wonder where / Will somebody help this girl? » Waouh. J’étais si jeune quand ces paroles m’ont touchée la première fois. Et j’étais certainement dans un moment de solitude profonde.

Ici, en 2018, j’aborde la tâche d’écrire sur Paris — et sur ma tristesse de ne plus y être, de ne plus être si innocente, ni aventureuse. Peut-être que j’y arriverai avec de l’aide de la musique, et, aussi, avec un peu d’aide de mes amis.
Merci pour l’amitié, Triade ! Je te souhaite une longue et belle vie comme un beau journal d’écrits.

Rachel Veroff est éditrice et romancière. Elle a publié notamment dans Guernica, Off Assignment, Huffington Post, et Los Angeles Review of Books.

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